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Cours - Psychiatrie - Alcoolisme 

  PAGE  1   I et II *Définition  et Classification

 III et IV * Épidémiologie et Facteurs étiologiques   

  PAGE  2   V et VI *   Intoxication alcoolique aiguë  et  Intoxication alcoolique chronique

  PAGE  3   VII *    Complications de l'alcoolisme chronique 

  PAGE  4    VIII et IX *   Prévention et Mode de prise en charge

par Olivier Guillou 

 

            Intoxication alcoolique aiguë  et  Intoxication alcoolique chronique

 

V. Intoxication alcoolique aiguë

 

1. Aspect clinique.

a. Ivresse typique.

 

- Trois phases.

 

- Phase d'excitation psychomotrice simple:

- L'alcoolémie est comprise entre 1 à 2 g / litre.

- La phase est marquée par une désinhibition, une altération de l'attention, du jugement, du temps de réaction, du sens critique, de la mémoire, de l'adaptation au réel.

- Le sujet fait des paris stupides.

- Il est euphorique et loquace. Il raconte sa vie à tout le monde.

- Il peut passer très rapidement de la tristesse à l'agressivité.

 - Phase d'incoordination et d'instabilité:

- L'alcoolémie est entre 2 à 3 g / litre.

- Le sujet est somnolent, a le regard vague.

- On observe une ataxie (absence de coordination des mouvements).

- Il y aura des tremblements.

- Il y a aussi une astasie (impossibilité de rester debout).

- Il y a aussi une abasie (impossibilité de marcher). Parfois il arrive à marcher ce qui donne une démarche ébrieuse (ébriété).

- Il aura des gestes décomposés, maladroits.

- Le sujet peut être confus et désorienté.

- Autres signes observables:

* Grands vertiges avec vomissements.

* Diplopie (voir double).

* Mydriase bilatérale.

* Baisse de l'acuité visuelle.

* Tachycardie.

* Troubles vasomoteurs du visage et des extrémités: rougeurs, chaleur.

* Analgésie (insensibilité à la douleur)

- Phase de coma.

- Alcoolémie supérieure à 3g / litre.

- Le sujet est ivre mort. Il aura une amnésie totale de son ivresse. Il est dans un coma profond, hypotonique (sans tonus).

- Il y a l'abolition des réflexes.

- Les pupilles sont en mydriases bilatérales.

- Il y a une hypothermie considérable.

- Il y a un encombrement des voies aériennes.

- Il y a une hypo-ventilation alvéolaire.

- Il y a une hypotension artérielle pouvant aller jusqu'au collapsus.

 

b. Ivresses atypiques.

Elles surviennent souvent chez les sujets qui ont des problèmes psychiatriques ou des sujets épileptiques. Elles surviennent après une prise d'alcool récente et massive. Elles ont une durée très prolongée. Elles récidivent très fréquemment.

   - Ivresse excito-motrice:

État de fureur paroxystique avec des violences physiques incontrôlables. Ca dure quelques heures et ça se termine par un coma.

    - Ivresse hallucinatoire: 

Une distorsion cauchemardesque de la réalité. Il y a beaucoup d'hallucinations visuelles et auditives. Cela ressemble au delirium tremens sauf l'odeur d'alcool.

    - Ivresse délirante:

Le tableau est plus calme que l'ivresse hallucinatoire. Il y a des épisodes délirants avec des thèmes de jalousie, de persécution, de grandeur, avec des violences envers les autres.

   - Ivresse convulsive: 

Souvent chez les sujets épileptiques.

2. Manifestations biologiques de l'intoxication alcoolique aiguë.

a. Hypoglycémie:

Elle peut être grave (0,2 g de sucre / litre), surtout chez les alcooliques dénutris. On suspecte une hypoglycémie quand il existe des convulsions, un trismus (contracture des muscles de la mâchoire) ou alors que le sujet n'arrive pas à se réveiller.

b. Hyperlipidémie:

Ce n'est pas directement lié à l'alcoolisme aigu. Cela traduit une poussée pancréatique aiguë.

c. Déshydratation cellulaire:

L'alcool a un effet diurétique. Il y a les signes cliniques et biologiques d'une déshydratation.

d. Acidose:

Diminution du Ph sanguin. (gravité +++).

e. Hyper-uricémie:

L'acide urique s'élimine mal au niveau du rein.

2. Diagnostic différentiel de l'ivresse.

a. Delirium tremens:

Il va s'installer progressivement. Il correspond à un sevrage

b. Encéphalopathies alcooliques:

C'est une complication de l'alcoolisme et le plus souvent on aura des signes neurologiques. S'il y a un aspect confusionnel, il sera prolongé.

c. Autres intoxications:

Cannabis, L.S.D., etc. On va doser l'alcoolémie.

d. Les méningites:

Elles peuvent donner des troubles de la conscience. On dose l'alcoolémie.

e. L'hématome sous dural:

Suite à un coup il y a une fragilité des vaisseaux.

f. Diabétiques en cas de crise hypoglycémique.

 

3. Pronostic de l'ivresse.

- Alcoolémie de moins de 3 g / litre: bon pronostic.

- Au-delà de 3 g / litre: le pronostic vital est engagé, cela dépend de la qualité des soins.

 

a. Facteurs de mauvais pronostic:

- Très jeune âge.

- Existence d'une maladie chronique.

- Association avec un autre toxique.

- Sujet qui a eu une gastrectomie.

- Personne à jeun.

- Moins gros consommateurs.

 - Exposition au froid ou à une très grande chaleur.

- Apparition de complications.

4. Complications.

a. Hépatite alcoolique aiguë.

- Nécrose des cellules du foie (hépatocytes).

- Se voit chez les pays anglo-saxons.

 - Syndrome fébrile.

- Température.

- Sueurs.

- Déshydratatio

- Tableau pseudo chirurgical.

- Douleur de l'hypochondre droit.

- Hépatomégalie (gros foie), à la surface lisse et ferme.

- Un ictère 2 X / 3.

- Une ascite (épanchement).

- Hémorragies.

- Encéphalopathie.

- Perturbation hépatique.

Surtout des signes d'insuffisance hépatique (baisse du TP), donc hémorragies.

L'évolution est imprévisible. Il y a décès dans 20% des cas.

-  Rhabdomyolyse.

- Destruction des muscles striés. Dans un coma profond, le sujet est allongé sur le sol et il y a un encrassement des muscles d'où destruction, nécrose des muscles.

Douleur musculaire (niveau nécrose).

Impotence fonctionnelle.

Augmentation du volume des muscles (odème important).

Compression des vaisseaux et des nerfs donc séquelles définitives.

- Il faut une chirurgie en urgence lors de la compression vasculaire.

- Augmentation des enzymes musculaires.

5. Traitement de l'ivresse.

a. Forme comateuse.

- Réanimation.

- Matelas anti-escarres.

-  Sonde urinaire.

-  Aspiration digestive.

-  Réchauffement progressif.

-  Remplissage vasculaire.

- Traitement des complications respiratoires.

- Éviter de prescrire des médicaments qui peuvent potentialiser le coma.

- Forme troubles métaboliques.

- Prescrire des glucides.

- Traiter l'acidose.

- Forme avec agitation importante.

- Neuroleptiques sédatifs.( Loxapac, Triapridal

- Forme gravissime.

- Supérieur à 5 g / litre.

- Diurèse forcée: faire uriner +++.

- Hyper-ventilation: éliminer rapidement l'alcool.

- Dialyse péritonéale.

- Narcan (naloxone): médicament qui permet de réveiller les comateux. Il est souvent utilisé pour les overdoses.

 

VI . Intoxication alcoolique chronique

 

1. Aspect physique.

- Faciès rougeâtre.

- Dilatation capillaire disséminée sur le visage (pommette, oreille, nez).

- La conjonctive de l'oil est blanche ou jaunâtre. Il y a également des dilatations capillaires.

- Les yeux sont globuleux, avec parfois un odème de la paupière qui limite l'ouverture de l'oil.

- Le regard est brillant ou terne.

- La langue est fendillée ou crevassée, violacée et parfois recouverte d'un enduit épais blanc - jaunâtre. Il y a parfois des travées épaisses noirâtres.

- L'haleine de l'alcoolique est caractéristique.

 

2. Dépendance psychique.

- Elle s'installe plus ou moins rapidement suivant les individus.

- Cela va plus vite chez la femme que chez l'homme.

- La phase cruciale de cette dépendance se caractérise par la perte du contrôle des quantités absorbées.

- Tout le comportement de l'alcoolique sera centré par l'alcool d'où une baisse des activités professionnelles, sociales, etc.

 

3. Dépendance physique.

- Elle se caractérise par des symptômes de sevrage (le matin car cela fait suite à l'abstinence de la nuit).

- Tremblements des mains (signe du serment).

- Tremblements de la langue.

- Crampes.

- Des paresthésies (fourmillements).

- Nausées.

- Vomissements.

- Tachycardie.

- Hypotension orthostatique.

- Anxiété.

- Irritabilité.

- Humeur dépressive.

- Troubles du sommeil.

- Tous ces signes sont calmés par l'absorption d'alcool.

 

4. Diagnostic biologique.

a. Les gamma GT.

- Augmentation des gamma GT (3 à 6 fois la normale et parfois beaucoup plus).

- C'est un signe important de l'alcoolisme.

- Les gamma GT baissent au bout de 10 jours.

b. Le volume globulaire moyen (vgm).

- La taille des globules rouge est de 80 à 100 µ cubes.

- Chez l'alcoolique la taille dépasse 100 µ cubes.

- Cela remet du temps avant de redevenir normal (après l'arrêt d'alcool).

c. Examens qui traduisent un retentissement de l'alcool chronique.

- Augmentation des transaminases.

- Augmentation des immunoglobulines A.

- Baisse de l'urée.

- Baisse de l'albumine.

- Baisse de la tolérance au glucose, d'où des glycémies élevées.

- Augmentation de l'acide urique.

- Augmentation des triglycérides.

 

5. Syndrome psychique de l'alcoolisme.

 

a. Modification psychologique particulière à l'alcoolisme.

 

b. Plus l'intoxication se prolonge, plus ses traits seront apparents et identiques.

 

- Régression affective.

- Sujet passif et dépendant par rapport à son entourage.

- Désintérêt progressif pour la famille.

- Plainte d'un sentiment de honte et d'abandon de son entourage.

- Méconnaissance de l'intoxication.

- Chez tous les alcooliques.

- Dénie ou minimise l'alcoolisme.

- Jalousie pathologique

- Fidélité du partenaire.

- Soupçons au moment des ivresses et cela devient permanent.

- Conviction persistante (voir un véritable délire, des passages à l'acte surtout au moment des ivresses.

c. États dépressifs secondaires.

- Très fréquent chez l'alcoolique.

- Dépression réactionnelle à la prise d'alcool (provoquée ou accentuée par la dégradation intellectuelle et physique, climat familial, de l'insertion professionnelle par des échecs répétés des tentatives de sevrage par la culpabilité liée aux rechutes donc le patient se sent triste et boit).

- La dépression du sevrage peut arriver avant, pendant ou après le sevrage. Il faut le traiter car il favorise les rechutes et les suicides.

d. Modifications du caractère.

- Très fréquentes.

- Il y a une instabilité caractérielle.

- Il y a une irritabilité.

- Il y a une colère violente brusque pour des motifs futiles.

- Il y a des réactions imprévisibles.

- Il y a une intolérance à la frustration.

- Cela altère les relations familiales.

- L'absentéisme occasionne la perte d'emploi.

e .Atteinte des fonctions intellectuelles supérieures.

- Détérioration intellectuelle mineure qui est longtemps réversible à l'arrêt de l'alcool, qui s'aggrave lors d'ivresse et s'atténue par un sevrage prolongé.

- C'est longtemps compatible avec une vie normale.

f. Recherche du groupe.

- Recherche d'autres alcooliques pour boire ensemble.

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